Région N°8 : Zone covidée I

  1. Courants de l’Aération
  2. Marais du Rhume Continu
  3. Mont Anxiété
  4. Mines de masques
  5. Lac de gel hydroalcoolique
  6. Plantations d’essuie-tout
  7. Hangar de Quarantaine
  8. Amicale Laïque des Gestes Barrières
  9. Carrefour des distanciations
  10. Village de Buée-Sur-Lunettes

17 juillet

A peine eu le temps de poser un pied hors de la Jeep qu’on me tend un masque et qu’on me verse un décilitre de gel hydroalcoolique sur les mains. Impatiente de découvrir comment cette contrée a su exploiter ses ressources les plus précieuses pour permettre aux bibliothèques municipales de fonctionner coûte que coûte, on me suggère d’emprunter l’itinéraire touristique, « le nec plus ultra pour découvrir les mille et une facettes de la région ». Me voilà donc à bord du Petit Train.

Le parcours commence à bonne distance du Mont Anxiété, qui entache quelque peu le parcours touristique de son aura négative – il est d’ailleurs prévu de le renommer « Mont de l’Effort Collectif ». C’est donc près des mines de masques chirurgicaux que le voyage débute vraiment. J’aperçois quelques wagons remplis du fameux minerai local, prêt à être négocié auprès des collectivités (après fouilles poubelles Administration, je découvrirai quantité de masques usagés estampillés « Made in Foreignistan ». Il n’y a pas de petites économies dans la FPT).

Non loin de là se dresse le village de Buée-Sur-Lunettes. Le nombre d’accidents de la route y est très élevé. « Ce n’est pas faute de faire de la prévention sur le bon port des lunettes, PAR-DESSUS le masque », bougonne le conducteur dans son micro. Effectivement, une campagne d’affichage toute en démagogie émojienne tapisse littéralement l’espace public. Nous nous éloignons en dépassant un quartier résidentiel semble-t-il en pleine expansion, nommé « Masqué-Sous-Le-Nez ».

Le paysage environnant le lac de gel hydroalcoolique est sinistre. Tout meurt aux abord des berges. « Un gage de qualité », clame le chauffeur. A notre gauche, une vaste plantation d’essuie-tout. « Les plus gros rendements de la région, on fournit même les BM du comté voisin », claironne-t-il fièrement. Je demande si c’est du conventionnel ou de l’agriculture biologique : « L’agriquoi ?! » aboie-t-il avant de me menacer de m’envoyer la Cellule Déméter.
J’essaie de noyer le poisson en m’intéressant au grand hangar de style scandinave qu’on aperçoit de très loin : mon interlocuteur retrouve son ton jovial et m’apprend qu’il s’agissait du lieu de stockage de la quarantaine : « C’était très bien organisé, il y avait même un planning et des chariots dédiés ». Plannings, chariots et quarantaine : les mamelles SM de la profession en 2020.

Parvenus au Carrefour des Distanciations, nous descendons du Petit Train pour saluer les membres de l’Amicale Laïque des Gestes Barrières. Je frôle l’incident diplomatique en refusant de faire des checks. J’ai ma dignité. Nous visitons le local de l’Amicale, où j’observe, fascinée, un senior se ramasser à l’entrée une giclée de gel visqueux dans la paume à ne plus savoir qu’en faire, se frictionner indéfiniment les mains, avant, dans un geste sans nul doute nihiliste, de sortir de sa poche un vieux tire-jus pour s’en essuyer consciencieusement le surplus.

Le trajet reprend jusqu’au Terminus devant le Marais du Rhume Continu qui, grâce aux Courants de l’Aération, gagne chaque jour un peu plus de terrain. Je descends frigorifiée du Petit Train et cours chercher du réconfort dans le Pub le plus proche. Cette nouvelle exploration a quelque peu refroidi mes ardeurs et j’appréhende de reprendre la route…
Pinte de bière, Haggis, couverture chauffante, grog.


Région N°7 : Zone de transition

15 juin

De retour sur les routes après quelques mois de bivouac idyllique dans région préservée.
Des autochtones masqués m’avertissent que j’approche des régions covidées, j’en profite donc pour visiter un petit canton repéré en amont qui fait l’objet d’un pèlerinage bien connu des bibliothécaires. En effet, cette charmante région abrite deux lieux légendaires :

La caverne de la Photocopieuse d’Or, tout d’abord. Difficile à trouver, elle ne figure sur aucune carte et son emplacement se transmet oralement de N+1 à N+1 depuis des générations. Il m’a fallu redoubler de ruse pour gagner la confiance d’un pèlerin et accéder au site miraculeux. Pensez, cette machine merveilleuse, qui est en parfait état de marche depuis des temps immémoriaux, n’a jamais fait l’objet d’une DIT et fait même du A3 couleur recto-verso. Après un bref temps de recueillement, je lance l’impression du planning de service public en format paysage à la demande expresse du Konservator, à qui je vais visiblement devoir redonner une formation Libre Office à mon retour.

La source Ekesapelorio Poldok, ensuite. On vient de loin pour y puiser les idées avant-gardistes qui feront mouche lors des congrès nationaux, et que l’on s’empressera d’enseigner ensuite à travers tout le territoire aux professionnels avides de bâtir les bibliothèques innovantes de demain. La rivière de la Co-Construction en est un malicieux prolongement.

Avant de reprendre le volant, je remarque une manifestation de locaux devant une vitrine d’agents immobiliers. Mon intuition me dit que l’arrivée croissante de parisiens fuyant la capitale n’y est pas pour rien.
Ce petit coin de paradis n’en a plus pour très longtemps.
Croque-monsieur, salade verte, demi de blonde, clope.


Région N°6 : Zones contaminées II

20 mai
Cette nouvelle contrée sent un peu trop la chair avariée..
A peine posé le pied dans l’auberge, je me suis faite recruter de toute urgence à la BM du coin pour pallier le manque d’effectifs dû aux congés enfants malades (la fameuse odeur, donc).
Je les ai quand même laissés me supplier à en perdre toute dignité avant d’accepter (géniales, les photos).
Promenade au parc, lancer de baballe, soupe à l’oignon, hacking.

21 mai

Me retrouve embringuée dans une ribambelle d’accueils petite enfance.
Devoir lire des albums débiles à des brochettes de poupons boudinés dodelinant du bulbe, recouverts de sécrétions dégueulasses et émettant divers gargouillis et bruits baveux exaspérants me révulse et c’est un défi sans cesse renouvelé d’arriver à en faire pleurer un ou deux, puis de contempler la réaction en chaîne aboutissant à une symphonie lacrymale, l’apothéose étant le départ précoce de l’assemblée.
Le rituel semble bien huilé : on donne rendez-vous aux assistantes maternelles à 10h pour les voir devant la porte à 9h30 toutes pimpantes avec leurs poussettes pour quintuplés , à 9h45 celles qui découvrent qu’elles n’ont pas été conviées se pointent l’air ingénu, tout ce beau monde cohabite dans une cacophonie joyeuse, à 10h je m’installe, à 10h10 les retardataires débarquent, à 10h20 je commence et à 10h35 je tue un chaton.
Ai rencontré quelques ronchons. Ont généralement la rage au bide et vivent très mal la moindre contrariété : pleurent très vite, très fort, très longtemps. Un adulte finit souvent par se sacrifier, quitte le groupe avec le ronchon sous le bras et part l’enterrer vivant, enfin j’espère. On ne les revoit plus en tout cas.
Ces accueils vous apprennent à apprécier le silence et la vie sans enfant à leur juste valeur.
Napalm, Boules Quiès et LSD.

22 mai

Ce séjour est l’occasion pour moi de découvrir un nouvel outil professionnel inbranlable et mystérieusement plébiscité : le tapissimot.
Je me demande bien quel plaisir on peut retirer à voir un bibliothécaire gnangnanter en trifouillant une couverture mais l’esprit des enfants est malade (n’importe qui appréciant Tchoupi est bon à enfermer). D’ailleurs la plupart du temps c’est moi qu’ils regardent fixement. Le tapissimot, rien à foutre.
Le salut vient de ce que l’on peut improviser assez facilement pour donner une ampleur de tragédie grecque à une comptine nunuche. De fait, personne ne s’attendait ce matin à ce que les animaux du bateau de Monsieur Zouglouglou conspirent contre lui, l’enferment dans sa cabine avant de couler le bateau et fêter ça en une formidable bacchanale [insérer ici regards adultes paniqués]. Les mioches ont adoré, évidemment. Si ça ne tenait qu’à eux, Zouglouglou se serait fait lyncher, écarteler et émasculer en même temps et le lapin et la souris auraient baisé sur son cadavre. Les enfants savent.
Sonate au Clair de Lune, Black Sabbath, balade cimetière.

23 mai

Amusant comme les bibliothécaires haïssent cordialement les instits mais n’ont pas d’autre choix que de travailler avec eux et vive versa.
Cette bande organisée de malfaiteurs, aimant brandir le spectre de leur carte « Mais j’ai la carte enseignant ! » pour parvenir à leur fin, a élu domicile dans un ensemble de grandes bâtisses austères près des falaises. Pas assez près, dommage. Y fomentent leurs plus abjectes vilenies. Par exemple :
Ils s’arrangent pour venir chacun à leur tour aux moments les plus importuns (10 minutes avant la fermeture pour choisir 30 livres parmi sélection de 150 un mercredi soir), ne sont bizarrement jamais au courant des consignes données par leurs collègues, découvrent avec stupeur que nos sélections ne correspondent pas à leurs thématiques, demandent la liste des prêts à chaque passage, mais sont infichus de nous retourner l’ensemble des docs, ne viennent pas aux accueils de classes prévus de longue date, laissent leurs élèves brailler en toute impunité, crachent dans les tiroirs et collent leurs crottes de nez sur les étagères…
La réaction du bibliothécaire est souvent la même : étape 1, casser ; étape 2, rassurer avec une condescendance mielleuse.
Un partenariat qui a de beaux jours devant lui.
Douzaine d’huîtres, cigare.

Région N°5 : Zones contaminées I

6 mai

De retour sur les routes après longs mois passés dans Enfer de l’inventaire et de la RFID : ai dû à contrecœur interrompre mon voyage à la demande pressante du Konservator qui était terrifié à l’idée de chapeauter les opérations.
Roule depuis ce matin sous grand soleil. D’après mes calculs, devrais trouver le Parc d’attractions des Livres-Jeux derrière montagnes toutes proches. Commence à distinguer hurlements stridents, flaques de vomi de plus en plus rapprochées. B.O. Shining de circonstance.
Stop station essence achat boules Quiès, gel hydro-alcoolique, Rescue et bombe lacrymo. Nuit à l’hôtel.
Reçu : 25 appels manqués Konservator, 3 kilos lettres admirateurs, 1 email James, 10 sms maman.

7 mai

Bilan journée cauchemardesque Parc :
Marée grouillante humains bruyants. Passé mon temps à esquiver contact visuel + environ 18 tentatives pour me prendre la main. On m’a prise 20 fois pour « maman ».
Parfums d’ambiance « Deadly Diaper », « Mustela Overdose », « Doudou Mâchouillé », « All in one ». Parc assez décrépi quand on s’approche de plus près. Sale. Traces louches qui collent. Bouts de scotch un peu partout. M’étonne qu’il reste ouvert : trois-quarts des attractions sont en piètre état. Niveau décibels dépasse l’entendement. Cherche et trouve ton tympan percé.
2 heures méditation Christophe André, bain moussant, coquilles Saint Jacques.

8 mai

Virée en ville : énormes agglomérats de landaus king size sur trottoirs devant écoles. La taille de ces engins n’est qu’Aberration. Gros bouchons également à l’entrée des bibliothèques municipales cause besoin urgent d’emprunter un livre 5 minutes avant la fermeture malgré oublis de cartes, livres en retards et couches à changer. Ai noté nécessité absolue de :
1/ faire participer son rejeton malgré urgence fermeture et file d’attente : « Tu donnes la carte, Malo? Tu dis bonjour ? », « Tu donnes le DVD à la dame ma chérie? Elle va te le rendre. S’il-te-plaît mon cœur. », « Tu poses les livres, Zéphyr ? ».
2/ tailler la discute entre jeunes parents devant banque de prêt malgré heure de fermeture actée, progéniture éparpillée et glapissante tout autour. A noter : situation de distraction favorisant l’incrustation de lecteurs Presse déjà coutumiers du grappillage temporel. La Nuisance Participative se porte bien.
Ballade plage, classement coquillages, endives au jambon.

9 mai

Promenade autour de la célèbre Source des Prénoms de Merde. Ne cherchez plus : ils viennent tous de là. Tous les Djaysson, toutes les Euphrosines, tous les Eloan, les Guénolé et les Kilyanne, les Azilys, les Leeloö et les Divyne. La Grotte du Saint Officier de l’Etat-Civil déborde d’Ex-Voto et de photos jaunies d’échographies. Me suis contentée d’observer le Mont Morve aux jumelles pendant pause pique-nique : ce dernier est en constante éruption. Des générations de pèlerins y ont perdu leur dignité me dit-on. Fascinante Nature.
Entraînement tir à l’arc, dîner au Pub, tournoi de fléchettes (gagné).

10 mai

Je n’ai jamais autant utilisé de gel hydro-alcoolique de ma VIE. Descendue sur la plage des Gommettes. Répartition anarchique, couleurs discutables, propreté douteuse : soupçonne partenariat avec Noz.
Emprunté petit chemin menant à un village fort coquet. Bémol : forte concentration de grands- parents fiers-de-l’être, dont la descendance de trois ans est visiblement mûre pour regarder l’intégrale de C’est pas Sorcier. Saoulée.
Décide de quitter cet endroit le plus vite possible avant pétage de plomb.
Crissements de pneus, vrombissement moteur, fuite.

Région N°4 : Zones habitées II

2 novembre

Suis immobilisée sur la Côte cause panne Jeep.
Trouvé location idéale : cottage typique battu par les vents, à l’écart agitation urbaine, avec chef cuisinier. File à station balnéaire la plus proche avec tacot de location.
Promène les chiens le long de la plage : front de mer épouvantable, les gens aiment beaucoup trop le béton. Trouvé une boîte à livres devant Viveco : polars, romans du terroir, quelques Danielle Steel, deux ou trois « Notre Temps » jaunis –> terre de seniors ?
Confirmation pressentiment : croisé nombre septuas et octos, et autant de Yorkshires, Bichons Maltais et Kikis Boudinés. Me dis qu’on donne des prénoms débiles aux enfants, mais franchement les vieux avec leurs chiens sont terribles : nous venons de dépasser une petite Anne-Sophie en train de faire sa crotte.
Mots fléchés, promenade cimetière, huîtres pochées + sorbet vodka-citron, pétard.

3 novembre

Ai depuis mon arrivée très désagréable sensation de me trouver à MmeMichuVille. Regards peu amènes quand je promène mes Rottweillers Néron, Caïus et Démosthène, me suis faite doubler insidieusement à la boulangerie, ai bien failli y passer au Tabac-Presse alors que je m’apprêtais à me saisir de la feuille de chou locale : un vieux schnock m’est littéralement tombée dessus pour s’en emparer. Le buraliste m’a expliquée qu’ils étaient nombreux chaque matin à s’agglutiner devant le rideau de fer pour se ruer sur Riviera Matin. Me croirais au boulot.
Étudie prospectus stage de plongée dans baie Île Kipu.
Pause déjeuner : vue magnifique depuis cottage sur océan démonté. Le chef me déconseille de prendre la navette pour l’Île des Kipu, même pour l’amour du risque. Si temps plus calme demain, projette d’aller me promener sur la jetée.
Téléphone James, mani-pedi, osso-buco + Montepulciano.

4 novembre

Fou comme personne lambda corpulence lambda peut littéralement occuper TOUT l’espace rien qu’en marchant. Ai bien piétiné 10 minutes derrière petite vieille en tâchant de la doubler par tous les moyens, et y serais sans doute encore si Démosthène n’avais pas foncé sur un Chihuahua, et n’avait envoyé valdinguer la malheureuse cul par-dessus tête.
Jetée = lieu de rendez-vous d’une faune bien singulière. Ai du mal à définir leur écosystème. On m’a plusieurs fois abordée pour me demander d’aider à écrire des sms ou pour savoir si j’avais de la monnaie pour faire des photocopies. Horaires d’ouverture au centre des sujets de conversation. Entraînement tir, bowling-bières, bain, corn-flakes + télé.

5 novembre

Longue ballade autour du lac : réserve naturelle de gros bobards. Pourtant tout le monde sait que :
– le dvd est bien resté à la maison,
– le roman a réellement été emprunté et lu,
– l’enfant a bien mâché l’album,
– la chose marron en forme de livre n’a pas été empruntée « comme ça ».
Zone de grande crispation relationnelle, comprends mieux présence du cabinet d’ostéos.
Menue correspondance, noisettes de filet de biche et pleurotes.

6 novembre

Petit tour à la bibliothèque pour Tous, ressortie très vite cause nombre oppressant bénévoles en Jacqueline Riu. Jour de grand vent qui rappelle cruellement la présence de l’Île des Kipu non loin des côtes. On me dit que sa population croît chaque année. Projet de pont la reliant au continent fait polémique.
!!!!!!!!!! Suis sous le choc après passage Fanfare Amicale des Bibliothécaires Émérites. Perdu occasion d’essayer nouvel équipement de Paintball. Eu mille difficulté à retenir Caïus qui déteste Desigual et Armand Thiery.
Chèque frais vestimentaires tromboniste, récompense chien, yoga, gnocchis à la truffe.

7 novembre

Jeep réparée, soulagement départ imminent et suite exploration nouveaux territoires.
Chiens contents.

Région N°3 : Zones habitées I

9 octobre.

Nouvelle région en vue.
Routes déplorables, temps exécrable et impossible de trouver une auberge convenable qui accepte mes Rottweillers. Les premiers bibliothécaires que j’ai croisés sur mon chemin se sont montrés très coopératifs jusqu’à ce que je leur demande où menait une jolie voie pavée : mines épouvantées, silence de mort, évanouissements. Il semblerait qu’une communauté d’architectes ait implanté son campement à l’autre extrémité il y a fort longtemps, s’y soit plu et ai décidé d’y rester. Cette nouvelle me fait froid dans le dos.
Ils feraient régulièrement affaire avec une tribu d’Élus établie dans le coin. J’espère ne pas les croiser.
Pas pu leur tirer d’autres informations, sujet tabou.
Mes hôtes m’ont sans surprise gratifiée d’un verre de jus de fruits concentré et de gâteaux Delacre mous.
Foule, bruit, pluie, café de la veille, gâteaux d’actions culturelles périmés.

10 octobre.

Temps plus clément. Tentative de promenade stoppée net par bourrasques suffocantes. J’en avais entendu parler sans y croire vraiment : sans masque à oxygène, difficile de supporter ces vents pestilentiels, l’odeur âcre des transpirations de tout un peuple vous cloue au sol et vous liquéfie en un instant.
Certaines régions du Pays des Bibliothèques ne connaissent pas la pierre d’alun visiblement, et c’est bien dommage.
Joué à Uno dans chambre d’auberge.
Ciel dégagé, 10 jeux gagnants, purée au beurre.

11-12 octobre

Longue excursion jusqu’à propriété déserte insolite : de nombreux mangas jonchés au sol. Après examen plus approfondi : codes-barres arrachés, puces et autres systèmes d’antivols également retirés, couvertures plastiques pour la plupart manquantes, je suis formelle : je me trouve en plein cœur d’un territoire de voleurs de mangas.
Ces gueux ne sont même pas foutus de piquer des tomes qui se suivent.
Très jolie bâtisse ambiance western, au demeurant.
Fun fact : trouvé des numéros de Step Up Love Story sous une planche vermoulue.
Soleil, joué avec chiens, backgammon avec James (perdu), sole meunière.

13 octobre

Nuit éreintante (cauchemar : le Konservator s’inscrivait à toutes mes formations Libre Office). Inspection de la forêt voisine dans la matinée. Cet endroit de perdition est le théâtre d’un large éventail de pratiques entre usagers et professionnels, qui vont de l’opération de prêt dans le plus pur respect du règlement, à la séance de négociation sous-couvert de chantage affectif pour cause de retard et d’enfant en bas âge hystéro. J’ai pu également observer, bien cachée derrière un sapin, un flagrant cas de favoritisme en mode open bar. On m’a par ailleurs rapportée ultérieurement quelques outrageuses anecdotes de cas par cas et de réabonnements douteux avec tarifs préférentiels à la clef.

Ambiance dépravée bien familière.
Soleil, café, thé, coca, clopes, café, clopes.

14 octobre

Incroyable découverte au détour d’un chemin : petit village pittoresque s’épanouissant à l’abri des regards, tel un Brigadoon des Temps Bibliothéconomiques Modernes. Habitants souriants, maisonnettes coquettes et fleuries, chats ronronnants alanguis contre vieilles pierres de caractère réconfortantes.
A se demander ce que fait ce paradis terrestre au milieu de tous ces reliefs accidentés peuplés de cinglés irrévocables.
Indice : nom du chemin. « Le Chemin du Vivre Ensemble ».
Architectes + voleurs + fraudeurs + chouchous (+ élus?) = harmonie ?
Perturbée par découverte. Rentrée à l’auberge pour réfléchir.
Panneau effacé ? « Chemin du Survivre Ensemble » me semble plus approprié.
Beauté, faille spacio-temporelle, chats, Doliprane, mousse au chocolat.

15 octobre

Joie. Enfin pu utiliser ma carabine suite à attaque fomentée depuis son QG par vieille saleté de peau de bique du coin. Cette abjection faite femme réside dans une bicoque enclavée gardée par deux canons en parfait état de marche.
Glané quelques informations pour dresser profil type Mme Michu :
– Ne dit jamais bonjour.
– Jette sa carte sur le comptoir.
– Monopolise plusieurs quotidiens du jour en même temps.
– Demande toujours genre le dernier Ken Follett ou pas le dernier mais un autre mais pas celui-la elle l’a lu et si possible dans cette bibliothèque seulement mais sinon qu’y-a-t-il d’autre sur le réseau faites-donc moi la liste. Non pas celui-là je l’ai déjà lu. Ah non lui le titre ne me dit rien montrez voir la couverture? Bof bon mettez-moi donc celui d’avant et ça parle de quoi déjà ?
– Emprunte finalement un Michel Bussi.
– Vous dit comment devraient être rangés les livres.
– N’a JAMAIS emprunté ce document en retard.
– Elle sait ce qu’elle dit merci beaucoup. D’ailleurs ce n’est pas la première fois qu’on lui fait le coup ça lui arrive constamment. N’a affaire qu’à des incompétents et d’ailleurs vous n’êtes jamais ouverts et ça n’est guère étonnant pour des fonctionnaires.
– Rend le document écorné dans la boîte aux lettres deux jours plus tard avec article découpé de Femme Actuelle dedans.
Tir carabine, lâché de Rottweillers, farandole, banquet.

16 octobre

Grosse fatigue.

24 octobre

Reprends la route suite retraite méditation et cure Netlix. En pleine forme. Hâte d’arpenter de nouvelles régions habitées.
Playlist trajet intégrale Iggy Pop.

Région N°2 : Zones humides

Je continue mon chemin à travers le Pays des Bibliothèques.

J’aborde ici une région bien peu accueillante. Croyez-moi, mieux vaut regarder où vous mettez les pieds lorsque vous vous approchez de ces fameuses zones humides. Ambiance croquenots crottés, effluves méphitiques, bruits louches et fréquentation douteuse (surtout aux abords de la cascade).

L’ascension du mont m’a donné un peu de peine, mais je dois avouer que la vue sur le cimetière est ravissante. L’endroit idéal pour un pique-nique.

Très émouvant néanmoins de parcourir le dit cimetière, déchirant témoignage des pitoyables compétences de la profession à maintenir le moindre semblant de plante verte en vie.

Mais voyez plutôt.

J’ai hâte de montrer ma prochaine carte : celle de la première zone densément peuplée rencontrée sur ma route. Une immersion assez effrayante, qui m’a valu une bonne semaine de méditation intensive et plusieurs bouteilles de champagne millésimé pour me donner le courage de continuer.

Salt

Région N°1 : Zones arides

De retour après un long périple aux quatre coins du Pays des Bibliothèques, j’ai entamé le projet colossal de dresser une cartographie complète de cette contrée fascinante et ô combien complexe.

J’ai cheminé à travers monts et vallées, arpenté terres arides et reliefs inhospitaliers, traversé ruisseaux mélodieux et rivières fougueuses, à pied ou à cheval, et aussi piqué de formidables accélérations au volant de ma Jeep.

J’ai rencontré nombre de populations aux mœurs défiant l’imagination la plus fertile, et m’en suis souvent sortie vivante de justesse. Laissez-moi vous dire qu’un petit 9mm est vraiment le compagnon idéal en cas de pépin. Avec silencieux, évidemment.

Commençons l’exploration de cette contrée avec la carte des zones arides. Ces grands espaces m’ont bouleversée. Il y règne un silence et une mélancolie folles, que ponctuent le passage régulier du train, les nuages de poussières et le ballet des virevoltants.

Ces images sont imprimées à jamais sur ma rétine.

A bientôt pour la suite de notre exploration.

Melle Salt.