Région N°3 : Zones habitées I

9 octobre.

Nouvelle région en vue.
Routes déplorables, temps exécrable et impossible de trouver une auberge convenable qui accepte mes Rottweillers. Les premiers bibliothécaires que j’ai croisés sur mon chemin se sont montrés très coopératifs jusqu’à ce que je leur demande où menait une jolie voie pavée : mines épouvantées, silence de mort, évanouissements. Il semblerait qu’une communauté d’architectes ait implanté son campement à l’autre extrémité il y a fort longtemps, s’y soit plu et ai décidé d’y rester. Cette nouvelle me fait froid dans le dos.
Ils feraient régulièrement affaire avec une tribu d’Élus établie dans le coin. J’espère ne pas les croiser.
Pas pu leur tirer d’autres informations, sujet tabou.
Mes hôtes m’ont sans surprise gratifiée d’un verre de jus de fruits concentré et de gâteaux Delacre mous.
Foule, bruit, pluie, café de la veille, gâteaux d’actions culturelles périmés.

10 octobre.

Temps plus clément. Tentative de promenade stoppée net par bourrasques suffocantes. J’en avais entendu parler sans y croire vraiment : sans masque à oxygène, difficile de supporter ces vents pestilentiels, l’odeur âcre des transpirations de tout un peuple vous cloue au sol et vous liquéfie en un instant.
Certaines régions du Pays des Bibliothèques ne connaissent pas la pierre d’alun visiblement, et c’est bien dommage.
Joué à Uno dans chambre d’auberge.
Ciel dégagé, 10 jeux gagnants, purée au beurre.

11-12 octobre

Longue excursion jusqu’à propriété déserte insolite : de nombreux mangas jonchés au sol. Après examen plus approfondi : codes-barres arrachés, puces et autres systèmes d’antivols également retirés, couvertures plastiques pour la plupart manquantes, je suis formelle : je me trouve en plein cœur d’un territoire de voleurs de mangas.
Ces gueux ne sont même pas foutus de piquer des tomes qui se suivent.
Très jolie bâtisse ambiance western, au demeurant.
Fun fact : trouvé des numéros de Step Up Love Story sous une planche vermoulue.
Soleil, joué avec chiens, backgammon avec James (perdu), sole meunière.

13 octobre

Nuit éreintante (cauchemar : le Konservator s’inscrivait à toutes mes formations Libre Office). Inspection de la forêt voisine dans la matinée. Cet endroit de perdition est le théâtre d’un large éventail de pratiques entre usagers et professionnels, qui vont de l’opération de prêt dans le plus pur respect du règlement, à la séance de négociation sous-couvert de chantage affectif pour cause de retard et d’enfant en bas âge hystéro. J’ai pu également observer, bien cachée derrière un sapin, un flagrant cas de favoritisme en mode open bar. On m’a par ailleurs rapportée ultérieurement quelques outrageuses anecdotes de cas par cas et de réabonnements douteux avec tarifs préférentiels à la clef.

Ambiance dépravée bien familière.
Soleil, café, thé, coca, clopes, café, clopes.

14 octobre

Incroyable découverte au détour d’un chemin : petit village pittoresque s’épanouissant à l’abri des regards, tel un Brigadoon des Temps Bibliothéconomiques Modernes. Habitants souriants, maisonnettes coquettes et fleuries, chats ronronnants alanguis contre vieilles pierres de caractère réconfortantes.
A se demander ce que fait ce paradis terrestre au milieu de tous ces reliefs accidentés peuplés de cinglés irrévocables.
Indice : nom du chemin. « Le Chemin du Vivre Ensemble ».
Architectes + voleurs + fraudeurs + chouchous (+ élus?) = harmonie ?
Perturbée par découverte. Rentrée à l’auberge pour réfléchir.
Panneau effacé ? « Chemin du Survivre Ensemble » me semble plus approprié.
Beauté, faille spacio-temporelle, chats, Doliprane, mousse au chocolat.

15 octobre

Joie. Enfin pu utiliser ma carabine suite à attaque fomentée depuis son QG par vieille saleté de peau de bique du coin. Cette abjection faite femme réside dans une bicoque enclavée gardée par deux canons en parfait état de marche.
Glané quelques informations pour dresser profil type Mme Michu :
– Ne dit jamais bonjour.
– Jette sa carte sur le comptoir.
– Monopolise plusieurs quotidiens du jour en même temps.
– Demande toujours genre le dernier Ken Follett ou pas le dernier mais un autre mais pas celui-la elle l’a lu et si possible dans cette bibliothèque seulement mais sinon qu’y-a-t-il d’autre sur le réseau faites-donc moi la liste. Non pas celui-là je l’ai déjà lu. Ah non lui le titre ne me dit rien montrez voir la couverture? Bof bon mettez-moi donc celui d’avant et ça parle de quoi déjà ?
– Emprunte finalement un Michel Bussi.
– Vous dit comment devraient être rangés les livres.
– N’a JAMAIS emprunté ce document en retard.
– Elle sait ce qu’elle dit merci beaucoup. D’ailleurs ce n’est pas la première fois qu’on lui fait le coup ça lui arrive constamment. N’a affaire qu’à des incompétents et d’ailleurs vous n’êtes jamais ouverts et ça n’est guère étonnant pour des fonctionnaires.
– Rend le document écorné dans la boîte aux lettres deux jours plus tard avec article découpé de Femme Actuelle dedans.
Tir carabine, lâché de Rottweillers, farandole, banquet.

16 octobre

Grosse fatigue.

24 octobre

Reprends la route suite retraite méditation et cure Netlix. En pleine forme. Hâte d’arpenter de nouvelles régions habitées.
Playlist trajet intégrale Iggy Pop.